Le troisième trimestre

J'ai commencé à écrire cet article le 23 janvier 2021 exactement.

Je n'ai pas encore accouché, je suis à moins de 3 semaines de mon terme et tout va bientôt changer.

Mon corps n'a plus rien à voir avec celui d'avant. D'ailleurs, mon corps d'après n'aura sûrement plus grand chose à voir avec celui d'avant non plus. 

Mon sommeil aussi commence à être chamboulé depuis le 7ème mois, comme pour m'habituer à ce qui m'attend : me lever 3 fois par nuit pour nourrir, consoler ou changer la couche de mon bébé (même si actuellement, c'est juste pour faire pipi et parce que mon ventre est tellement lourd que je ne sais plus comment me mettre). 

Je peux vous avouer quelque chose ? Je n'ose pas le dire à Nico mais je commence à avoir un peu peur... Non pas de l'accouchement (il faut bien qu'il sorte), non pas de la douleur (elle sera là pour la bonne cause, la meilleure même), non pas d'avoir un enfant sous ma responsabilité jusqu'à la fin de mes jours (quoi que... un peu quand même), mais plutôt de tomber sur une équipe beaucoup moins sympa que tout ceux m'ayant accompagnée dans le suivi de ma grossesse. Ceux qui m'ont suivie ont toujours été compréhensifs, rassurants, ouverts et à l'écoute, que ce soit ma sage-femme, les autres maïeuticiens que j'ai vus en consultation pour ma pyélonéphrite, la sage-femme qui donne les cours de préparation à l'accouchement et même l'anesthésiste que j'ai rencontré en fin de grossesse et qui m'a dit que j'avais la bonne attitude en ne voulant pas absolument une péridurale si elle ne s'avérait pas nécessaire. En en discutant avec ma copine Laure et en écoutant des témoignages, je me dis que la péridurale, ce sera en cas de déclenchement ou de complications, que si je peux faire au maximum sans, ce sera bien (ça m'a toujours fait un peu flipper cette histoire de péridurale... J'ai peur de ne plus pouvoir assez bouger, peur qu'elle m'enlève trop de sensations).

J'ai peur de tomber sur un os. Celui qui t'oblige à voir le gynécologue qui va râler car il va finir en retard à son tournois de golf s'il doit sortir ton enfant avec une ventouse (oui je sais, c'est un gros cliché mais j'ai entendu tellement de témoignages qui allaient dans ce sens). Et sur son copain anesthésiste qui doit partir en week-end avec lui et qui te traite d'emmerdeuse parce que tu ne voulais pas forcément de péridurale mais tu finis par la réclamer. J'ai même peur de tomber sur une équipe qui m'oblige à porter un masque pour accoucher et qui, faute à la situation sanitaire actuelle, empêche mon mec d'assister à l'accouchement. Là tout de suite, je me dis que si on m'annonce ça, je repars chez moi et je tape à la porte de mon voisin sage-femme pour qu'on fasse ça chez moi (certains vont réclamer du sucre à leurs voisins, on doit bien pouvoir se rendre service). 

C'est la seule peur que j'ai par rapport au grand jour. 

Pour la suite, c'est autre chose. Avant même que cet enfant soit là, j'ai peur qu'on me l'enlève, qu'il lui arrive quelque chose, que je le fasse tomber par terre et qu'il meurt ou qu'une personne à qui je devrais le confier à la reprise du boulot lui fasse du mal (même sans faire exprès hein, je précise). Pourquoi est-ce que je pense à tout ça ? Pourquoi, alors que je passe une bonne partie de mon temps à dire à mon mec "Mais arrêtes de te stresser pour rien, avant même qu'un truc grave n'arrive, tu te fais du souci inutilement !", pourquoi est-ce que je réagis de cette façon à mon tour ?

Au-delà de ces moments bizarres où je m'inquiète, je suis tellement épanouie ! Mais tellement ! 

Je trouve mon corps magnifique avec ses 18kg supplémentaires. Sentir son bébé bouger, c'est totalement fou, tout comme l'aimer déjà avant même de l'avoir rencontré. C'est une situation inédite que je ne vivrais sûrement qu'une fois dans ma vie et je profite de chaque instant... jusqu'à la rencontre. 

Ce que je retiens de ce troisième trimestre ? Qu'il est un peu plus fatigant sur la fin, un peu inconfortable et que l'impatience commence à se faire sentir mais que je suis en forme et heureuse !


En sortant de chez nos amis Ludo et Wendy, après une grosse raclette, il neigeait et on était bien ♥
C'était 6 jours avant d'accoucher !


Le grand jour ♥


Nous sommes le vendredi 12 février 2021.

Sur mon dossier de suivi, il y avait 2 dates de terme d'inscrites : le 12 et le 14 février. Comme vous le savez sûrement, il faut se rendre aux urgences le jour du terme, même si vous n'avez aucun symptôme en lien avec un accouchement plus ou moins imminent. 
J'étais en pleine forme, j'ai fait de la peinture, le ménage, de la déco, du rangement et la bouffe à la maison jusqu'au dernier moment, sans aucune peine (bon ok, je me traînais un peu à la fin mais ça allait). Je me voyais accoucher le 14 février car depuis le début, ma sage-femme me disait qu'on aurait un bébé pour la St Valentin. 
Nous y sommes quand même allés le 12 février, comme demandé. On a attendu de terminer le ménage à la maison, de boucler la valise (en oubliant plein de trucs évidemment) et nous sommes tranquillement partis aux urgences, avec l'idée qu'on repartirait à la maison dans les deux heures suivantes. 
On arrive vers 11h30, on nous dirige au bloc obstétrical, c'est notre copine Sandy qui nous ouvre et ça fait du bien de voir un visage familier (surtout que Sandy est particulièrement jolie, gentille et douce ♥). On fait un coucou aux sages-femmes, Nico connaît la moitié des gens qu'on croise, comme à chaque fois qu'on se rend quelque part. Si la situation sanitaire avait été différente, on aurait eu droit à une bise de chacun et sûrement à l'apéro.
On m'installe pour un monitoring, un test urinaire et une prise de tension, les contrôles de routine. Avec Nico, on continue à rire, à se dire qu'on sera bientôt rentrés à la maison, qu'on est bon pour revenir dans 48h. Nico fait le con dans la salle pendant que le médecin va dans une autre pièce, bref : on n'imagine pas trop ce qui nous attend.
On entend une dame pousser, on se marre en disant "ah bah merde, on va m'entendre aussi alors ?" et la sage-femme revient en s'excusant parce que "Une dame vient d'arriver, elle a accouché dans la foulée en 5 minutes". On répond "oui oui, on a entendu, quelle chance !"...
Le verdict tombe assez rapidement quand ma tension se révèle très élevée et qu'on détecte une grande quantité de protéines dans mes urines. 

Je suis en train de faire une pré-éclampsie sévère et il faut déclencher mon accouchement au plus vite.

Ah bah merde. Si je m'attendais à ça !

Je ne suis pas de nature à paniquer, loin de là. En plus, je suis du genre à me sentir facilement en sécurité dans le milieu hospitalier car il n'y a pas meilleur endroit pour être soignée si besoin.
Mais là, je me mets à pleurer. Déjà, parce que l'accouchement "naturel" passe à la trappe. On va devoir m'aider à accélérer le travail, de façon artificielle, je vais douiller et la salle nature me ferme ses portes pour la naissance de mon fils. Ça m'emmerde, c'est pas grave en soi mais ça m'emmerde de ne pas avoir eu à réveiller Nico en pleine nuit pour lui dire "ça fait plusieurs heures que j'ai des contractions, faut qu'on y aille". Ça m'emmerde mais ce qui m'attriste vraiment, c'est que j'ai peur pour mon bébé et que je me sens bêtement coupable de ce qui arrive. D'autant que je ne sais pas vraiment ce que peut créer une pré-éclampsie... Je sais juste que Beyoncé en a faite une aussi, mais c'est tout. 

On nous installe en chambre, le temps de faire d'autres examens et on vient me rechercher pour poser un ballonnet à 18h30. Le ballonnet, c'est un dispositif mécanique (donc sans produit chimique) qui sert à ouvrir le col de l'utérus en se gonflant avec de l'eau (grosso modo). Dès qu'on me le pose, je commence à me sentir mal (je vomis, j'ai fort mal au ventre et je me sens fébrile). Sûrement parce que j'accuse encore le coup et parce que personne n'aime se faire triturer le col de l'utérus ah ah.
Je dois garder le ballonnet toute la nuit et demain matin, à 7h45, les brancardiers viendront me conduire au bloc obstétrical pour qu'on vérifie si le dispositif a fonctionné.

Commence alors une nuit peu (pas) reposante. 

Très vite, j'ai des contractions très fortes puis très rapprochées (toutes les 4 minutes en moyenne), j'appelle une infirmière pour lui dire que ça ressemble à des contractions, que j'ai l'impression que mon travail commence et qu'il faudrait peut-être que je descende plus tôt que prévu. Elle me dit "Mais non, c'est la pose du ballonnet qui est juste dérangeante, ça fait comme des douleurs de règles mais pas plus". En habituée des règles douloureuses, je sais très bien que ce n'est pas ça. Et puis, on le sait quand ça commence, n'est-ce pas ?
Dans la nuit, je prends deux douches d'au moins 1h chacune. A ce moment-là, je n'en ai plus rien à faire de la planète et de l'écologie, il n'y a que l'eau chaude sur le ventre et le bas du dos qui me soulage un peu alors j'en abuse, afin de ne pas prendre de médicaments.

Heureusement, les brancardiers sont ponctuels et arrivent à 7h45.
On m'installe dans une salle de pré-travail et là, je reçois la visite de Daisy, la sage-femme qui m'a donné des cours de préparation à l'accouchement. Elle vient me voir avant de rentrer chez elle, je trouve ça adorable et sa présence me fait un bien fou. C'est elle qui installe la ceinture pour le monitoring et qui me dit calmement que tout va bien se passer.
Une autre sage-femme arrive, elle s'appelle Audrey, elle est aussi douce que souriante, j'arrive à voir son sourire derrière son masque. Je sens son parfum, ce n'est pas un parfum que je porterais mais son odeur me rassure. Disons que ça amène une note chaleureuse à cet univers blanc et froid.
Elle retire mon ballonnet, m'explique que ça a fonctionné, que je suis dilatée à 2,5 et que mon travail a effectivement commencé cette nuit mais que nous allons quand même m'administrer une hormone de synthèse pour poursuivre le déclenchement. On me pose la perf, associée à du Loxen pour faire baisser ma tension vers 9h.
Et là, très rapidement, ça continue à faire mal mais encore plus fort, et toutes les deux minutes. 
Très vite, j'ai besoin de pousser.
Audrey me conseille de prendre une grande inspiration et d'expirer 3 fois à chaque contraction, afin de la maîtriser et d'atténuer un peu la douleur. Mais j'ai besoin de pousser quand même.
Heureusement, Nico me sert de guide, il me rappelle ce que je dois faire à chaque contraction et ça m'aide beaucoup. Pour tout vous avouer, j'oublie certaines techniques qu'on m'a apprises en cours de préparation car on vient de m'en proposer une différente mais honnêtement, ce n'est rien : ce qu'il me faut, c'est quelqu'un qui me dise quoi faire tout le temps, afin que je me focalise sur autre chose que la douleur. 

En fait, il me faut un coach, Nico aura ce rôle.

Il doit être environ 11h, je suis accroupie, je tiens la main de Nico, j'ai l'impression que mon bébé va tomber par terre (ou que je vais faire caca sur le sol ah ah... Ciao ma dignité et toute once de classe et de glamour qui pouvait subsister). La sage-femme m'examine, me dit que je suis déjà dilatée à 5, qu'elle va voir si je peux avoir la péridurale maintenant. 
Evidemment, le laboratoire a un souci avec la machine qui vérifie si ma coagulation est bonne, nous sommes un samedi et tout prend plus de temps. Je relativise en me disant qu'au moins, je suis en train de vivre à fond ce moment, que je sais ce que ça fait, que plus j'attends, plus cette péridurale que je ne voulais pas trop à la base me fera du bien.

On entre dans la salle de travail, je vois un homme froid comme la glace qui ne me rend pas mon bonjour. C'est sûrement l'anesthésiste.

Effectivement, c'est l'anesthésiste. 

Je suis ouverte à 6 ou 7, il fait sortir Nico, la sage-femme me guide, me dit de m'asseoir sur le bord du lit, face à elle et si besoin, de lui faire un câlin : je m'exécute ! Sa douceur est la bienvenue.
L'anesthésiste peu accueillant me pose cette péridurale sans me faire le moindre mal, je vois même qu'il attend (sans râler) que passe ma contraction pour ne pas que je bouge. Il s'en va, me dit "Je vous souhaite un bon accouchement Madame" et je lui dit merci en faisant mon plus beau sourire. Cette différence de comportement entre mon arrivée dans la pièce et sa sortie était impressionnante et finir sur cette note positive me réconcilie instantanément avec cet homme.

Il est 11h45 environ, Nico revient, je sens que la péridurale me soulage rapidement mais je ne comprends pas tout de suite que c'est ça car je peux encore bouger mes jambes sans aucune difficulté.
Je suis sur le côté, je sens que ça continue de pousser, c'est mon fils qui fait le boulot à ce moment car je ne maîtrise pas grand chose. Je pense à Daisy qui nous disait "lors d'un accouchement, c'est le bébé qui fait 70% du travail".
Audrey m'examine, je suis ouverte à 8 mais le bébé à la tête vers le haut. Je repense à Daisy, elle nous avait parlé de ça, du fait qu'on ait mal aux reins quand le bébé se trouve dans cette position (et c'est exactement ce que je ressentais la nuit précédente). Elle me dit de rester sur le côté, de laisser le bébé se tourner pour qu'il ait la tête vers le bas, et ça marche. Maintenant, je suis allongée sur le dos, mon bébé s'approche rapidement, sa tête est bien vers le sol et je lui dis qu'on peut y aller, que je suis prête.

Je pousse, Nico est à ma droite et m'aide toujours, quel bonheur d'avoir quelqu'un qui sait quoi faire dans ces moments-là (je pense que ce n'est pas donné à tout le monde, que beaucoup peuvent avoir du mal à trouver leur place et ça se comprend). 
Il arrive un moment où je n'ai plus l'impression de trop avancer, Audrey me propose un miroir pour que je puisse voir que ça fonctionne bien et que le bébé avance. Je refuse. Non pas parce que j'ai peur que ce soit gore (au contraire, je suis de nature curieuse et avec le recul, j'aurais adoré voir) mais je suis concentrée sur ce que je ressens, je crains qu'une vision inversée ne me perturbe.
Et puis, je laisse ce privilège à Nico, il faut bien qu'il ait un avantage sur moi (au moins, lui aura pu voir). 
Tout se déroule pour le mieux, la tête sort... jusqu'au moment où je n'avance plus, où la sage-femme devient plus ferme en me disant que je dois redoubler d'efforts car le bébé n'est pas dans une bonne position, qu'il doit sortir rapidement maintenant.
En effet, il est bloqué au niveau des épaules, avec le cordon autour du cou. Une manœuvre est nécessaire pour le sortir, ce que fait la sage-femme illico.

Et là, tout devient long et rapide à la fois...

Audrey sort le bébé, le pose sur mon ventre pour le reprendre immédiatement, elle crie qu'il faut appeler la pédiatre en urgence, mon bébé ne pleure pas et on l'emmène dans une salle à côté. Nico y va aussi. Moi je ne comprends pas ce qui se passe, juste que je n'entends pas mon bébé pleurer et ça m'inquiète, d'autant qu'il était bleu et qu'il y a apparemment besoin d'une pédiatre.
Puis Nico revient, je lui dis que je n'ai même pas eu le temps de le voir, que je ne sais pas ce qui se passe, je panique. Nico me calme en me disant "écoute, tu l'entends ?"
Il s'était mis à pleurer, je ne m'en étais même pas rendue compte dans la panique.

Juste après, la sage-femme et son équipe arrivent avec notre fils qui pleure un peu, qui a déjà repris des couleurs et qu'on pose sur mon ventre. Il rampe presque jusqu'à mon sein, il se met à téter.
La pédiatre arrive vers moi en disant qu'il va bien, que je ne dois pas m'inquiéter.

Tout va mieux d'un coup, notre fils Milo est là et il va bien ♥



Malgré les aléas, malgré la douleur et la peur, les incompréhensions et les doutes, ce jour restera parmi les plus beaux de ma vie. 
Et vous savez quoi, quand je fais le bilan de ma grossesse et de mon accouchement, il y a évidemment eu des embuches et des soucis mais je ne changerais rien du tout si c'était à recommencer !

Après cela, je suis restée 6 jours à la maternité, avant de rentrer à la maison où nous sommes désormais une grande famille de 6 ♥

Je sais que certains verront ce récit comme de l'impudeur mais je voulais l'écrire (pas forcément le publier à la base) et à force d'en parler avec d'autres personnes, en me rappelant aussi à quel point les récits des autres m'ont apaisée et ont répondu à des interrogations que j'avais, je me suis dit que ça pouvait être utile à d'autres futures mamans. 

Je vous souhaite un bon week-end, merci de m'avoir lue.

Manon