"Sois belle et parle !"

C'est le nom d'un blog que j'adore et que je lis depuis des années, qui se veut futile mais qui est au final très fin et fort bien écrit.
Mais surtout, c'est presque un combat que je mène, comme de nombreuses personnes de ce monde : ressembler à ce que je veux, ce qui me semble le mieux pour moi, tout en refusant de fermer ma gueule juste parce que ça pourrait déranger la bien-pensance. Et puis surtout, faire en sorte qu'on ne me colle pas une étiquette de femme superficielle sur le museau, sous prétexte que j'aime bien m'habiller... Mais parfois, on brille bien plus en sachant se taire qu'en disant son avis, sous couvert d'honnêteté et de liberté d'expression.
Mesdames, Messieurs, la vie n'est que contradictions.

Vendredi 10 avril 2020

Ce matin, je venais de me lever quand j'ai reçu un message de Nico : "T'as pas vu mon portefeuille ?"
Je reçois ce message plusieurs fois par an (oui oui, venant de la même personne) et je pense que depuis qu'on est ensemble, Nico a perdu son portefeuille au moins 3 fois. Quand je dis "perdu", c'est soit "à tout jamais", soit pendant près de 24h ou plus. Et quand je dis "portefeuille", je parle aussi des variantes comme : la carte bancaire, les clés, le téléphone, la clé de bagnole, trente balles...
En gros, il perd souvent ses affaires car il s'éparpille. Je me demande parfois si je ne perds pas un temps fou dans la vie à ranger mais quand je vois le temps qu'il met à retrouver ses affaires parce qu'il ne range rien, je me dis que ce n'est pas inutile d'être ordonnée.
Mais je l'aime avec ses défauts et surtout, celui-ci n'est pas bien grave.

Après mon petit déj et ma séance de sport avec Sandrine (on ne se quitte plus), j'ai eu une discussion intéressante avec un copain sur la situation actuelle et surtout, sur la réaction des gens vis-à-vis de tout ça. Par "tout ça", je veux dire : le gouvernement, le virus et ses supposés traitements/vaccins, les gens qui continuent à sortir de chez eux, ceux qui les jugent et qui sont prêts à les brûler sur la place publique, l'extrême droite, les opportunistes, les laboratoires pharmaceutiques et j'en passe.
On se disait que malgré cette situation compliquée pour tout le monde, on n'était pas les plus à plaindre et qu'au moins, on faisait ce qu'on n'avait pas le temps de faire habituellement. Même si là tout de suite, je regarde l'agglomération de poussière dans mes escaliers du coin de l'œil, tout en me traitant d'incapable de ne pas avoir passé l'aspirateur.
Et donc, il me disait qu'il était un peu "fatigué de voir tout le monde tout critiquer, comme s'il existait un manuel de la gestion de pandémie", que les gens ne disaient plus "je ne sais pas, on verra, mais qu'ils avaient un avis tranché sur tout, comme si le fait de nuancer allait faire d'eux des demis-hommes". 
Et à ce moment, j'ai été complètement d'accord avec lui.
Comme je lui écrivais, je trouve que les gens manquent réellement de scepticisme et de mesure.
Ils critiquent facilement et presque instinctivement, avant même de s'être poser la question "pourquoi est-ce arrivé ?"
Et si vous avez fait un peu de philosophie au lycée, vous savez qu'il n'y a jamais vraiment de réponse tranchée aux grandes questions qui se posent. Donc imaginez quand une crise sanitaire survient, comme nous la vivons actuellement...

Pour ma part, cette discussion m'a fait repenser à la façon dont j'ai été élevée et à la place qu'avait le débat dans notre famille. Chez mon père, on ne se disputait pas souvent et pourtant, on débattait énormément sur tout (l'actualité, la musique ou un film qu'on venait de regarder, comme le plat qui venait de nous être servi). On ne s'engueulait pas car chacun exprimait son point de vue, respectait et écoutait celui de l'autre, sans l'interrompre et sans le juger.
Bon, j'avoue qu'il m'est arrivée pendant l'adolescence de juger la réaction de mon père quand il disait que la musique punk était à chier. Mais à part ça, tout le monde restait sceptique et voyait du blanc ET du noir dans le monde, et pas QUE du noir ou QUE du blanc. 
On savait aussi que certains membres de notre famille montaient en flèche sur certains sujets et qu'il ne servait à rien de les aborder ou d'enchérir, parce que ça allait tout gâcher. Et surtout, si le sujet était abordé par cette personne, qu'il ne fallait surtout pas s'énerver parce qu'on n'était pas d'accord.
Il n'empêche que tout le monde était à l'écoute des autres et ça, c'est une qualité essentielle pour bien vivre ensemble (dans un même foyer ou dans une même société).
Chez ma mère, on aimait bien discutait aussi mais le ton pouvait monter plus vite parfois. Maintenant, je vois que ma mère est devenue plus "sage" avec l'âge car elle sait se taire quand c'est nécessaire. Je m'explique : je me rappelle d'une fois où je mangeais chez elle et elle avait parmi ses invités, un mec franchement raciste qui avait un avis très tranché sur les noirs et les arabes. Du haut de mes 18 ans, je suis montée en flèche, je l'ai insulté en disant qu'il n'avait pas le droit de parler comme ça et j'ai quitté la table. Même si mes paroles étaient censées, j'ai été complètement ridicule d'agir comme ça, je lui ai presque donné raison et j'aurais eu plus d'impact si j'étais restée calme pour comprendre son avis. 

Bien souvent lorsque je participe à une conversation et qu'un débat s'annonce, je suis contente car j'aime entendre les opinions des gens, leur expérience, changer moi-même d'avis car quelqu'un m'a convaincue avec les bons arguments et des preuves intelligentes.
Mais la plupart du temps, mon enthousiasme redescend comme un soufflé car le ton monte, les gens s'écoutent au lieu d'écouter les autres et ça devient complètement stérile. 
Du coup, je finis par arrêter de parler, changer de sujet ou partir aux chiottes / dans la cuisine / au bar (selon où le débat a lieu) et je suis déballée pour deux choses.
La première, c'est ma première impression : je m'en veux de ne pas avoir assez de couilles pour faire entendre ma voix et mon avis, même si les autres ne sont pas d'accord. Parce qu'il faut bien l'avouer, ça fait du bien de faire sortir ce qu'on a à l'intérieur (cette phrase marche aussi pour : le caca, le vomi, une bonne blague raciste). Au final, on a toujours une petite frustration de ne pas avoir pu dire ce qu'on avait à dire.
La deuxième, c'est quand je me dis que beaucoup trop de personnes agissent en ce sens ou qu'au moins, elles prennent une place importante dans la société et qu'il faudrait peut-être que je sois aussi égoïste, réactionnaire, sanguine, "couillue" pour réussir en société moi aussi. Car mine de rien, ce sont ceux qui parlent qu'on écoute, non ?
Mais je ne serais jamais comme ça car ce n'est pas ça qui me rendrait fière de moi.

Donc malheureusement, j'ai toujours eu du mal (et ça mettra encore du temps pour s'améliorer) mais si je n'arrive pas à dire les choses, je les écris et ça participe à me libérer l'esprit.
Quand j'écris, je me relis toujours pour corriger les fautes et éviter de dire des âneries, chose qu'on ne peut pas faire à l'oral.
Finalement, ce mode de communication me va bien et je pense qu'on devrait parfois prendre exemple sur l'écriture avant de parler, surtout sur des sujets sensibles et sur l'actualité. 

Car naturellement, moi non plus je ne suis pas contente après le gouvernement qui a fermé des hôpitaux ou diminué leurs moyens, qui a commandé des masques en Chine après avoir fermé une usine capable de les faire en France. Je ne suis pas contente non plus après les gens qui sortent de chez eux pour une raison peu valable en ce moment et je ne suis pas contente non plus après la mafia napolitaine qui tue des gens innocents mais au fond, est-ce que j'ai vraiment besoin de le dire et d'être en colère après ceux qui n'ont pas le même avis que moi ? 
Je veux dire, même si on tient à notre liberté d'expression, pensez-vous que tout est bon à dire ? (Vous avez deux heures)

Là où je veux en venir, c'est qu'il est aussi important de s'exprimer que de savoir fermer sa gueule, surtout quand on ne sait pas (ou quand on sent qu'on va dire une grosse connerie).
Je vous conseille de lire ce très bon article de l'Express que m'a envoyé mon pote tout à l'heure et je vous invite aussi à vous concentrer sur votre foyer, votre bon plat de ce soir, votre verre de vin salvateur et la personne qui partage votre lit.
Parce que tout ça, ça ne fera chier personne et Facebook s'en portera peut-être mieux.
Ou du moins, essayez de peser le pour et le contre avant, ce sera plus constructif.
Et si vraiment votre mec a envie de débattre et que vous n'êtes absolument pas d'accord avec lui sur sa conception de la vie, écoutez-le, répondez-lui poliment et attendez patiemment le jour où vous pourrez lui dire "je te l'avais dit" (humour hein...).

Tout ça pour dire que j'ai passé la journée à réfléchir, deux heures à essayer de mettre par écrit ce qui m'est passé par la tête aujourd'hui et que là, le verre de vin qui m'attend va me faire du bien.

"Réfléchissement Jean-Pierre"

Bonne soirée à tous et prenez soin de vous ♥

Manon